C’est l’automne. C’est vrai qu’à priori ce n’est pas la saison la plus propice pour tomber amoureux, mais l’aventure que je vais vous conter va vous prouver le contraire.
J’oubliais, je dois d’abord me présenter, on m’appelle « Orchidée », comme la fleur. En réalité, je suis d’origine étrangère, mon vrai nom est compliqué, il s’agit de Orchidea Phalaenopsis. Donc vous pouvez m’appeler comme tout le monde ici : Orchidée. Je m’y suis habituée.

J’ai, moi aussi des qualités et des défauts comme vous tous mais je l’avoue: je suis très coquette. Et oui, je suis plutôt soignée et très attentive à mon look. J’adore les couleurs, le maquillage, l’élégance… bref, j’aime être belle et sans fausse modestie, je crois que je le suis.
Mais en cette saison, à Reims, ce n’est pas folichon, il fait froid, humide et gris. Il faut se forcer pour mettre une feuille dehors. Je m’ennuie un peu. J’ai beau me faire belle, il n’y a pas grand monde qui le remarque et je reste souvent à l’intérieur.
Aujourd’hui, il ne pleuvait pas, aussi, j’ai décidé de m’aérer un peu sur la terrasse de la maison.
Comme vous pouvez le remarquer, je suis impeccable. Maquillée, peignée, parfumée comme si j’allais en ville pour faire les magasins.

Je m’appelle Jasmin, et ce n’est pas un nom de fille même si parfois certains se moquent. Je suis de sexe masculin. Moi, j’adore l’hiver. C’est bizarre vous allez dire, mais bon, c’est comme ça; il en faut pour tous les goûts et au moins quand il fait froid et maussade, moi, je ne me plains pas. Je reste quand même le plus souvent au chaud à la maison, le nez à la fenêtre.
C’est moi là, sur la photo:

Régulièrement, j’aime bien m’installer près du bassin. Je peux me dégourdir les feuilles et m’étirer les branches. J’ai mon endroit à moi, près de la grosse pierre. Elle me connait bien. De là, je contemple les fleurs, le jardin, les cascades mais aujourd’hui elles ne coulent pas . Je surveille aussi les poissons, mais ils sont un peu ramollis des nageoires avec l’eau froide.

J’ai pris soin de me parfumer cet après-midi (je le fais régulièrement), mais j’ai oublié de me peigner, aussi, j’ai un peu les feuilles en bataille.
Je rêvais…à tout et à rien, quand j’ai soudain senti une présence à mes côtés. Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir Orchidée. Je l’avais déjà vue à la maison, mais de loin et jamais aussi proche. Entre nous, je la trouve un peu bêcheuse. Mais là, bien sûr, il n’était pas question que je lui dise quelque chose de déplaisant.

Au contraire, je me suis redressé en bombant un peu des tiges, histoire de l’impressionner.
Orchidée: Il a fière allure. Je n’ai jamais vraiment osé m’approcher de lui, mais aujourd’hui je m’ennuie trop et puis je n’ai rien à perdre. Je ne l’avais pas vu tout de suite, mais j’ai senti son odeur (bien agréable entre nous). Que va t-il penser de ma toilette? Non, il ne faut pas que je me pose de questions!J’ai même le sentiment qu’il a l’air d’apprécier ma présence. J’ai bien remarqué qu’il bombait des branches.
Il s’est mis à me parler, mais je ne comprenais pas trop ce qu’il me disait, à peine un murmure, un chuchotement. Serait-il timide? Il parlait entre ses feuilles…j’ai dû me rapprocher.

Jasmin: J’étais très intimidé. Plus je la regardais, plus je la trouvais belle, rayonnante…on aurait dit une fleur.
Je lui ai proposé d’aller jusqu’au bord du bassin. En silence. Sa présence m’envahissait, me troublait totalement. Je devais faire attention à ne pas basculer dans l’eau.

Je ne trouvais plus vraiment mes mots, je parlais de tout et de rien, et elle restait silencieuse. Les poissons, très intéressés par la situation avaient les yeux rivés sur nous.
Je la frôlais avec mes feuilles…

Orchidée: Il sent si bon, il semble si doux. J’aime quand il me touche, j’adore son allure sportive et ses feuilles en bataille. Je sais qu’il est troublé. Je crois que je suis en train de tomber amoureuse. Je me rapproche. J’ai le coeur qui bat la chamade. Ca y est , il m’enlace.

Jasmin: Je ferme les yeux. Je la prends dans mes branches. Je la respire, elle est si attirante, si féminine. Je la sens frémir.

Orchidée: Je suis si bien, si heureuse. Je me plonge dans ses feuilles. Nous sommes l’un contre l’autre. Je déborde de bonheur. Cette sensation devant le bassin restera gravée à tout jamais dans ma mémoire.

Il me serre de toutes ses forces avec toutes ses branches. Ouf, je n’ai pas l’habitude…

Epilogue: nous sommes rentrés au chaud. Mais là, c’est notre vie privée.Avant la tombée de la nuit, nous sommes ressortis, ensemble. Dorénavant nous ne serons plus seuls.

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